De l’ombre à la lumière: Le second souffle de Yvonne*
De la zone de santé d’Uvira à Fizi, en passant par la zone de santé de Nundu, la dernière campagne de chirurgie gratuite des troubles de la statique pelvienne et fistules gynécologique mise en œuvre par l’AFPDE, soutenue par Action Medeor, a changé des vies.
Alors que l’AFPDE et Action Medeor clôturent leur dernière campagne de chirurgie gratuite, un récit se détache : celui de Yvonne N. « De l’obscurité à la lumière », découvrez comment une intervention médicale a brisé des années d’isolement social:
« Je ne comptais plus les jours, mais les larmes » dit la dame avec un petit sourire, avant de se presenter. Je m’appelle Yvonne N. J’ai 48 ans et je vis au camp des réfugiés burundais de Lusenda, dans le site de Lulinda.
Mère de sept enfants, ma seule force pour les nourrir résidait dans mes bras et la terre que je cultivais. Mais pendant trois longues années, cette force m’a été arrachée par une maladie impitoyable. J’avais presque oublié ce que signifiait « marcher la tête haute ». Victime d’une complication grave après un accouchement difficile, elle vivait avec une fistule vésico-vaginale depuis 3 ans.
Malgré des souffrances atroces, je continuais à gravir les montagnes pour cultiver mes champs toute mouillée et l’odeur ammoniacale fut mon parfum quotidien. Je n’avais que le choix de m’accepter bien que stigmatisée dans la communauté et surtout que mes enfants dépendent d’une femme veuve que je suis.
Cependant, au début de la troisième année, mon état s’est brutalement dégradé, les douleurs au bas-ventre sont devenues insupportables ; je n’avais plus un instant de répit.
Grâce à mon statut de réfugiée, j’ai fréquenté le centre de santé de Lusenda et l’hôpital général de référence de Nundu à maintes reprises. J’y ai même subi une opération, mais rien n’a changé. En Août 2025, le cauchemar a empiré: je ne pouvais plus me tenir debout, je ne pouvais plus marcher, et je perdais énormément de sang.
De retour à l’hôpital de Nundu, les médecins hésitaient. Fallait-il me transférer à Bukavu ou au Burundi? Finalement, on m’opéra le 8 décembre 2025 mais l’intervention chirurgicale que j’avais subit n’avait rien résolu. Non seulement que je continuais à saigner, mais une complication terrible est apparue ; dès que je buvais de l’eau, celle-ci ressortait directement par mes parties intimes.
Je suis rentrée chez moi vidée de tout espoir. Pour moi, seul un miracle divin pouvait me sortir de ce lit de douleur.
C’est alors que la solidarité a frappé à ma porte. Marthe, une accoucheuse du centre de santé de Lusenda qui m’avait toujours soutenue, a envoyé une voisine me chercher. Malgré ma faiblesse extrême, accompagnée de ma petite fille, j’ai parcouru à pied le kilomètre qui me séparait de chez moi jusqu’au centre de santé.
Je suis arrivée dans un état déplorable, mes vêtements souillés par les écoulements. En me voyant, Marthe m’a immédiatement conduite dans son cabinet. Avec l’infirmier titulaire, ils m’ont annoncé une nouvelle providentielle : l’organisation AFPDE, avec l’appui de AA et Action Medeor, lance une campagne de chirurgie gratuite des troubles de la statique pelvienne et fistules gynécologiques dont tu souffres et donc tu es bénéficiaire directe.
En revenant chez moi, j’en ai parlé aux amies. Certains tentaient de me décourager : « Ton cas est trop complexe », « Tu ne seras pas prise en charge ». Mais je leur ai tenu tête. Je savais que mon mal datait d’une césarienne et je sentais que cette voie était la bonne. Je ne voulais plus retourner à Nundu; mon dernier espoir s’appelait l’AFPDE.
Évacuée en urgence vers Uvira, j’ai découvert un monde de bienveillance. À l’hôpital, tout était organisé : j’avais des garde-malades pour s’occuper de mon hygiène, des assistantes psychosociales pour me réconforter, et une nourriture saine à chaque repas.
Le cas de Yvonne N était complexe, mais l’expertise des chirurgiens mobilisés par l’AFPDE a fait la différence. L’opération a été un succès total. Aujourd’hui, c’est avec un immense sourire que je raconte ma guérison. L’opération a été un succès total. Je me sens renaître. J’ai l’impression que je pourrais courir à l’Eglise pour chanter et danser avec mes enfants afin de rendre gloire à Dieu pour ce miracle.
Je ne pourrai sans doute plus reprendre les travaux pénibles des champs, mais je repars l’esprit serein. Je suis infiniment reconnaissante envers l’AFPDE et ses partenaires. Ils n’ont pas seulement soigné mon corps, ils m’ont rendu ma dignité de femme et de mère.
Le succès de l’intervention de Violette n’est pas un cas isolé. Pour Mapendo, habitante d’Uvira souffrant d’un prolapsus utérin depuis quatre ans, la vie s’était également arrêtée. « Dans mon quartier, on murmurait sur mon passage. J’étais devenue la femme qu’on évite », explique-t-elle.
Aujourd’hui, ces femmes ne sont plus des patientes, mais des survivantes résilientes. Le Point Focal VBG de l’AFPDE, WABIWA Guilaine souligne l’importance de ce soutien :
De Fizi jusqu’au bloc opératoire de l’hôpital général de référence d’Uvira, l’AFPDE a assuré une prise en charge totale. « L’appui d’Action Medeor ne finance pas seulement des médicaments ou la prise en charge des malades, moins encore la construction, réhabilitation et équipement des infrastructures sanitaires, il finance la restauration d’une identité. Le défi n’était pas seulement chirurgical, il était aussi géographique et social. Nous allions chercher ces femmes dans les zones les plus reculées pour les ramener vers les soins. » précise le Point Focal VBG.
À travers ce partenariat stratégique entre l’AFPDE et Action Medeor, cette campagne prouve qu’en soignant le corps, on reconstruit des familles et, par extension, toute une communauté.

