Par l’Association des Femmes pour la Promotion et le Développement Endogène (AFPDE)
Une crise de sécurité alimentaire se profile en République démocratique du Congo, et ce sont les enfants, les femmes allaitantes et les femmes enceintes qui en paieront le prix le plus lourd si la communauté humanitaire n’agit pas.
En République démocratique du Congo, des millions de personnes sont confrontées à une famine sévère. La situation nutritionnelle est alarmante dans 21 provinces du pays. Les chiffres clés indiquent que 4183150 est le nombre d’enfants de 6-59 mois malnutris et ayant besoin d’un traitement, soit 1345681 le nombre de cas de malnutrition aiguë sévère et 2837467, le nombre de cas malnutrition aiguë modérée. A cela 1537421 nombre de femmes enceintes ou allaitantes malnutries aigues et ayant besoins d’un traitement. (ANALYSE IPC DE LA MALNUTRITION AIGUË JUILLET 2025 – JUIN 2026 Publié le 15 decembre 2025 voir le lien https://www.ipcinfo.org/fileadmin/user_upload/ipcinfo/docs/IPC_DRC_Acute_Malnutrition_Jul2025_Jun2026_Report_French.pdf
La sécheresse, les conflits, les déplacements de population et la réduction de l’aide humanitaire poussent les familles au bord du gouffre, et dans certaines communautés, le risque de famine augmente.
L’insécurité alimentaire aggrave également la situation nutritionnelle et la rend très préoccupante. Situation provoquée par une sécheresse et des précipitations irrégulières du au changement climatique observé ces dernières années. En République démocratique du Congo, des millions d’enfants et de familles se trouvent sur le chemin de cette crise.
Les réalités qui nous proviennent du terrain témoignent ce qui se passe lorsque les enfants souffrent de la faim pendant trop longtemps. Dans les unités de traitement des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, le silence est assourdissant. Ces enfants sont trop faibles pour pleurer. Un enfant souffrant de faim chronique court un risque accru de maladie, de décès et de séquelles irréversibles sur sa croissance et son développement. Pour les nourrissons et les jeunes enfants, la malnutrition sévère peut être mortelle en quelques jours.
Cette situation peut être évitée. Des aliments abordables et disponibles localement peuvent enrayer la malnutrition avant qu’elle ne devienne grave. Lorsque les enfants atteignent ce stade, nous savons comment les soigner : les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi sauvent des vies. La triste réalité, cependant, est que trop d’enfants traités pour une malnutrition aiguë sévère font une rechute en l’espace de quelques mois, ce qui souligne la nécessité d’une approche holistique de la sécurité alimentaire qui donne la priorité à la prévention.
L’Association des femmes pour la promotion et le développement endogène (AFPDE) intervient en RDC dans des dizaines zones de santé, soignant des enfants et femmes allaitantes et enceintes qui souffrent de malnutrition et des projets visant à empêcher qu’ils n’en arrivent là notamment la mise en place des champs écoles paysans, la distribution des semences améliorées, l’accompagnement dans les champs communautaires et champs écoles paysans, la formation sur les bonnes techniques culturales. Nous savons, par expérience directe dans différentes zones où nous intervenons, ce que coûte le manque de réactivité pour la prise en charge des cas de malnutrition. On se rappellera, il y a quinze ans, le monde a attendu trop longtemps avant de réagir à l’aggravation de la crise alimentaire en Somalie, malgré des mois d’avertissements alarmants. On estime à 258 000 le nombre de personnes qui ont perdu la vie, dont 133 000 enfants de moins de cinq ans, et environ la moitié de ces décès sont survenus avant même que la famine ne soit déclarée. Attendre la déclaration d’une famine revient à attendre que les enfants soient déjà en danger de mort.
C’est cette histoire qui pousse AFPDE à alerter dès maintenant, et non après que la prochaine famine aura été déclarée. La nouvelle stratégie mondiale pour la sécurité alimentaire doit s’appuyer sur une vision claire des régions où la faim s’aggrave, des populations les plus vulnérables et des interventions permettant d’endiguer une crise avant qu’elle ne se transforme en catastrophe. Elle doit considérer l’alerte précoce, le financement précoce et l’action précoce comme indissociables.
Avant tout, elle doit répondre à une question : que faudrait-il pour passer du financement de la réponse à la famine au financement de la prévention de la famine ? Nous savons qu’investir un dollar dans des mesures préventives peut permettre d’économiser jusqu’à sept dollars en pertes liées aux catastrophes. Il vaut toujours mieux empêcher un enfant de souffrir de malnutrition sévère que de soigner un enfant qui en souffre déjà. Le coût de l’inaction ne se mesure pas seulement en dollars, mais aussi en termes de santé, de développement et, parfois, de vie des enfants.
Nous voyons cette crise alimentaire se profiler. En réalité, elle est déjà là. Nous savons comment la prévenir, comment la traiter et où elle va nous mener. Ce qui manque, c’est une stratégie pour agir en fonction de ce que nous savons avant que davantage d’enfants ne paient le prix de notre retard.
